Un des piliers de notre poésie qui fut injustement oublié.
Et ce n'est ni juste ni normal. Il est inconcevable que les pionniers, ces grands artisans, ces "premiers ouvriers" de notre poésie, lorsqu'ils et parce qu'ils ont quitté le giron de la capitale, soient si vite oubliés.
Si nos pères les ont enterrés, nous, leurs fils, galvanisés parce qu'illuminés par le recul du temps, nous nous devons de les ressusciter.
Je m'explique.
A 21 ans, de retour du service militaire, homme d'absolu, j'ai décidé de choisir : ou me consacrer entièrement à la littérature et végéter très certainement mais seul, ou fonder une famille et, n'ayant aucune fortune, étant issu d'une famille relativement pauvre, lancer toutes mes forces dans cette bataille afin d'élever des enfants qui n'auraient pas, comme leur père, à mendier la pension d'un collège ni à travailler le jour pour bachoter la nuit.
J'ai choisi la famille et, pendant près de 30 ans, pour ne pas revenir sur cette décision, j'ai coupé tous les ponts qui me reliaient à la confrérie des écrivains et poètes.
Les 5 enfants qui ont reçu l'éducation que j'espérais, établis et mariés, je réapparus. Mais, lorsque je refis surface, je n'ai vu qu'un grand vide bordé de ruines croulant près de quelques arbres desséchés... Un cataclysme semblait avoir anéanti ce et ceux que j'avais connus.
Un vétéran, en particulier, avait soutenu mon enthousiasme de jeune poète idéaliste.
Marcel Chabot, né en 1889, avait dirigé, de 1929 à 1939,
une École et une revue vers-libristes "LA PROUE" qui furent à la pointe du combat pour une évolution saine de notre poésie. Pacifiste ardent, traumatisé par la guerre, il s'exila en 1939, à La Roche sur Yon où il est décédé en 1973, admiré des Yonnais mais oublié des autres.
Pourtant son influence sur l'évolution d'une poésie en pleine ébullition fut prépondérante. En 2001, la poésie libre est un fait acquis. En 1929, elle ne l'était pas. La poésie, alors, était en révolution avec tous les excès que cela comporte. Rappelez-vous Tristan Tzara dictant sa recette pour composer un poème
"Prenez un journal. Prenez une paire de ciseaux...", Paul Eluard (note 12 de la révolution surréaliste)
"Un poème doit être une débâcle de l'intellect" ou Philippo Tommazo Marinetti s'écriant "Détruisons ! Détruisons ! Détruisons !"
Pendant que les surréalistes s'empêtraient dans l'excessif jusqu'à l'absurde alors que certains néo-romantico-classiques ronronnaient,
Marcel Chabot, avec une équipe de 150 poètes dont, entre autres, Paul Chaulot, Marc Chesneau, Louis Guillaume, Han Ryner, Gustave Khan, Tristan Klingsor, Jean Digot, Philéas Lebesgues, Tyde Monnier, Francis Viele Griffin, Charles Vildrac, René
Violaines, lutta avec acharnement pour une évolution calme et sereine. Il était la sagesse dans et après l'extravagance.
Pourtant, aucune étude sur l'évolution de la poésie au XXème siècle n'en parle. Black-out complet.
Lorsque j'ai rencontré, en 1984, ses amis de La roche sur Yon qui avaient obtenu qu'une rue lui soit dédiée, ils m'ont dit :
" Vous avez raison. Un tel poète, devenu le poète de la Vendée, on ne peut pas
l'oublier ".
Tout ce que j'ai pu apprendre lors de mon enquête en Vendée
ainsi qu'auprès des poètes alors "en vue", en septembre
1984, m'a conforté dans mon désir d'en savoir plus puis
de le dire, car il m'apparut clairement que ceux qui écrivirent,
après la guerre, l'histoire de notre poésie française, n'avaient
pas compris que la valeur de Marcel CHABOT, justement, ce
n'était pas l'après guerre, à La Roche sur Yon, mais l'avant-guerre,
cette période de 1929 à 1939 pendant laquelle il lutta,
par sa revue, par ses réunions et son École des poètes libres
de "LA PROUE" qu'il créa en 1929, pour une évolution saine
de notre poésie moderne.
Pierre BOUJUT qui connaît parfaitement cette période, dans
la revue "La Nouvelle Proue" que j'avais créée, écrivait
en réponse à une critique de Jean BOUHIER : "Pourquoi
refuser l'influence indéniable de Marcel CHABOT sur des
dizaines de poètes vivant avant 1939 et, en particulier
sur ceux de l'École de Rochefort ? Gilles SORGEL, en affirmant
cette influence, a parfaitement raison. Car l'influence
de "la Proue", sur toute une génération (influence pacifiste
et révolutionnaire) a été plus grande que celle de l'École
de Rochefort"
Bien que ce ne soit pas juste, le poète vendéen peut être oublié, cela se pardonne - celui de 1929 à 1939 ne doit pas l'être quoi qu'en disent les exégètes fautifs, bien involontairement, je le conçois :
il a trop écrit, trop agi pour que nous l'effacions de nos
mémoires.
J'ai donc décidé, dans ma retraite de septuagénaire, de le réincruster dans la mémoire des jeunes d'aujourd'hui et de demain en continuant de diffuser et de rééditer sa biographie que j'avais rédigée en 1989.
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Recueil
de poésies